Kyunghee Kim
Regard gastronomique

Cuisine, vin et réflexion — entre la Corée et la France

  • Gastronomie coréenne · Ingrédients : Le doenjang (된장) — La pâte de soja fermentée traditionnelle coréenne

    Un ingrédient essentiel de la cuisine familiale coréenne

    Corée du Sud

    Origines et place dans la cuisine coréenne

    Le doenjang (된장) est une pâte de soja fermentée traditionnelle, profondément ancrée dans la culture culinaire coréenne.

    L’histoire des préparations fermentées à base de soja remonte à plusieurs siècles. Le Samguk Sagi, une chronique historique coréenne, mentionne le jang et le si parmi les présents offerts lors du mariage du roi Sinmun de Silla, en 683. Ces mentions témoignent de l’ancienneté des produits fermentés dans la culture alimentaire coréenne.

    Au fil des générations, le doenjang est devenu un ingrédient essentiel de la cuisine familiale. Il permet d’assaisonner les aliments et d’apporter de la profondeur aux soupes, aux ragoûts et aux légumes.

    Sa fabrication est étroitement liée à celle du ganjang, la sauce de soja traditionnelle coréenne. À partir du même meju, des blocs de soja fermentés, on obtient deux produits complémentaires : le ganjang liquide et le doenjang, une pâte que l’on conserve pour une utilisation ultérieure.

    Le doenjang est ainsi bien plus qu’un condiment. Il témoigne d’un savoir-faire de fermentation transmis de génération en génération et d’une manière traditionnelle de préparer et de conserver les aliments.

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    La dégustation du doenjang de ma mère

    J’ai goûté le doenjang préparé par ma mère et observé sa couleur, ses arômes, sa texture et sa saveur.

    La couleur

    Brun foncé, avec un aspect propre et net.

    Au nez

    Une note saline intense sollicite immédiatement le nez, accompagnée d’un délicat parfum de légumes frais. Le bouquet n’est pas complexe, mais son intensité est marquée.

    En bouche

    La salinité est puissante, comme celle du ganjang. La texture est souple et agréable, avec une pâte qui se mâche facilement. La puissance saline s’équilibre avec les notes végétales fraîches.

    La finale

    Une profondeur gustative se révèle, suivie d’une persistance aromatique agréable.

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    Le doenjang dans la vie quotidienne

    Lorsque j’étais enfant, le doenjang avait toujours sa place dans notre réfrigérateur, aux côtés du kimchi, du gochujang et du ganjang. Ces produits étaient indispensables à notre cuisine familiale.

    À la maison, nous faisions griller de la viande, mangions des légumes enroulés dans des feuilles avec leurs accompagnements ou préparions des soupes. Le doenjang trouvait naturellement sa place à table, sous différentes formes.

    Il faisait partie de notre quotidien, à tel point que je ne pensais pas particulièrement à sa présence. Il était simplement là, comme un ingrédient familier de notre cuisine.

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    Accords et inspirations culinaires

    La saveur saline et la profondeur du doenjang peuvent également inspirer des associations avec des ingrédients d’autres cuisines.

    Doenjang, beurre, asperges et bœuf

    J’imagine une sauce crémeuse préparée avec du doenjang et du beurre, pour accompagner des pâtes aux asperges, surmontées d’un morceau de bœuf bien saisi.

    Le beurre apporterait de l’onctuosité, tandis que le doenjang donnerait de la profondeur et une salinité marquée. Avec les notes végétales des asperges et la saveur du bœuf bien doré, cet accord pourrait jouer sur les contrastes de texture et la richesse des goûts.

    L’objectif serait de trouver un équilibre entre le caractère salin du doenjang, la douceur du beurre et la saveur de la viande, sans que l’un des ingrédients ne domine les autres.

    Doenjang, banane et gâteau au chocolat tiède

    J’aimerais également explorer une association plus inattendue : une glace à la banane et au doenjang, servie avec un gâteau au chocolat tiède.

    La douceur fruitée de la banane pourrait rencontrer la salinité et les notes fermentées du doenjang. La légère amertume du chocolat apporterait une autre dimension à cet accord. Le contraste entre la fraîcheur de la glace et la chaleur du gâteau rendrait cette dégustation encore plus intéressante.

    J’aimerais expérimenter cette association pour découvrir comment le salé, le sucré et l’amertume du chocolat peuvent s’équilibrer.

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    Une vie consacrée à la cuisine familiale

    À Wonju (원주), dans la province de Gangwon, ma mère a préparé du doenjang pendant de longues années.

    Comme beaucoup de femmes de sa génération, elle s’est mariée, a eu des enfants et a consacré une grande partie de sa vie à nourrir sa famille.

    Préparer le doenjang faisait partie de cette vie. Ce n’était pas un geste qu’elle considérait comme exceptionnel. C’était simplement quelque chose qu’il fallait faire, une tâche qui allait de soi et qu’elle a poursuivie au fil des années.

    Je me demande parfois si elle a eu le temps de penser à ses propres rêves, au milieu de toutes ces responsabilités. Je ne peux pas parler à sa place, mais je sais combien le travail quotidien occupait sa vie.

    Pendant longtemps, je n’ai pas considéré la préparation du doenjang comme quelque chose de particulier. C’était une habitude familiale, une évidence de la vie quotidienne.

    Aujourd’hui, je regarde ce produit familier autrement. Ce que ma mère faisait sans penser accomplir quelque chose d’exceptionnel me paraît désormais précieux.

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    Mon regard

    Le doenjang est un ingrédient traditionnel, mais il raconte aussi une histoire de travail, de transmission et de vie familiale.

    Derrière une pâte fermentée se trouvent des gestes répétés pendant des années, un savoir-faire qui se transmet et le travail souvent discret de celles et ceux qui préparent les repas de leur famille.

    Ma mère n’a peut-être jamais pensé que ce qu’elle faisait était exceptionnel. Moi non plus, pendant longtemps, je ne l’ai pas vu ainsi.

    Aujourd’hui, je ressens un profond respect pour elle et pour ce qu’elle a préparé pendant toute sa vie.

    Je voudrais garder une trace de ce savoir-faire et de cette vie, avant que les souvenirs ne s’effacent.

    Car ce que nous considérons comme ordinaire au quotidien peut, avec le temps, révéler toute sa valeur.

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    Pour aller plus loin

    Gastronomie coréenne · Ingrédients : Le Joseon-ganjang (조선간장), la sauce soja traditionnelle coréenne

    Gastronomie coréenne · Cuisine du quotidien : Le baechu-kimchi (배추김치), le kimchi de chou chinois

  • Gastronomie coréenne · Ingrédients : Le Joseon-ganjang (조선간장), la sauce soja traditionnelle coréenne

    La profondeur du temps, entre fermentation et mémoire

    Corée du Sud

    Introduction

    En Corée, la sauce soja traditionnelle fait partie des fondements de la cuisine quotidienne. Le Joseon-ganjang (조선간장) est une sauce soja coréenne élaborée à partir de soja fermenté. Il est notamment utilisé pour assaisonner les soupes, les bouillons et différentes préparations de légumes.

    Celui que je présente ici est préparé par ma mère.

    Derrière cette sauce se rencontrent une tradition culinaire ancienne, le travail patient de la fermentation et une mémoire personnelle.

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    Les origines d’une tradition

    Il est difficile de déterminer précisément quand et par qui la sauce soja coréenne a été créée. Sa fabrication s’est développée progressivement, avec les connaissances acquises sur le soja, la fermentation et la conservation des aliments.

    Le soja permet d’obtenir différentes préparations fermentées, dont le ganjang, une sauce liquide, et le doenjang, une pâte de soja fermentée. Ces deux produits occupent une place importante dans la cuisine coréenne traditionnelle.

    La fabrication du jang, qui englobe notamment les sauces et les pâtes fermentées coréennes, est devenue un savoir-faire transmis entre générations. En 2024, les connaissances, croyances et pratiques liées à la fabrication du jang en Corée ont été inscrites sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO.

    Cette reconnaissance témoigne de l’importance de ces préparations, mais aussi des gestes et des connaissances qui les accompagnent.

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    Les ingrédients et la fabrication traditionnelle

    Les principaux ingrédients du Joseon-ganjang traditionnel sont le soja, l’eau et le sel.

    La fabrication commence par le meju, un bloc de soja cuit, façonné puis fermenté.

    Le meju est ensuite placé dans une saumure composée d’eau et de sel, traditionnellement dans une jarre destinée à la fermentation des sauces et pâtes coréennes.

    Au cours de la fermentation, le liquide et les matières solides sont utilisés différemment. Le liquide permet d’obtenir le ganjang, tandis que les matières solides servent à préparer le doenjang après les étapes nécessaires.

    La fermentation transforme progressivement les ingrédients et développe des arômes complexes. Les conditions de fabrication, la conservation et le temps influencent les caractéristiques de chaque préparation.

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    Le Joseon-ganjang dans la cuisine coréenne

    Le Joseon-ganjang est particulièrement utilisé pour assaisonner les soupes et les bouillons. Il peut également relever certaines préparations de légumes, comme les namul (나물).

    Son utilisation demande de la précision : une petite quantité suffit parfois à modifier l’équilibre d’un plat. Au-delà de la salinité, il apporte une profondeur aromatique issue de la fermentation.

    Dans la cuisine coréenne, le jang n’est donc pas seulement un condiment. Il contribue à construire le goût des plats et témoigne d’un savoir-faire domestique dont les méthodes et les saveurs peuvent varier d’une famille à l’autre.

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    La dégustation — Le Joseon-ganjang de ma mère

    La robe

    Une couleur brun foncé, profonde, avec une transparence remarquable.

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    Au nez

    Au premier abord, une sensation saline intense évoque immédiatement la mer.

    En prenant le temps de me concentrer sur les arômes, je perçois ensuite des notes savoureuses, toastées, de fruits à coque et de torréfaction.

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    En bouche

    La première impression est marquée par une salinité intense. Pourtant, la sauce glisse avec douceur et laisse, après la déglutition, une sensation de plénitude qui emplit la bouche.

    Les arômes perçus au nez réapparaissent discrètement. La texture est presque soyeuse, comme si elle enveloppait le palais.

    Au fil des instants, la sensation salée s’atténue. La plénitude et les arômes persistants prennent alors toute leur place.

    Ce qui me frappe le plus dans la sauce de ma mère, c’est ce contraste entre une attaque saline puissante et une texture douce, ample et persistante.

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    Accords gourmands

    J’imagine cette sauce dans une vinaigrette à base d’huile d’olive, de citron et d’une petite quantité de Joseon-ganjang, pour accompagner une salade fraîche garnie de fruits de mer grillés.

    L’acidité du citron apporterait de la fraîcheur, tandis que la sauce soja donnerait de la profondeur à l’ensemble.

    Une autre possibilité serait de mélanger un peu de sauce soja avec du beurre, puis d’en badigeonner un poisson avant de le faire griller. Le beurre apporterait de la rondeur, tandis que le Joseon-ganjang soulignerait la saveur du poisson.

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    Un souvenir d’enfance

    En hiver, lorsque j’étais enfant, ma mère conservait les blocs de meju dans une pièce chauffée par le sol, selon le système traditionnel coréen appelé ondol.

    Je me souviens encore de l’odeur du meju. À l’époque, je ne l’aimais pas. Je pensais qu’elle ne serait que passagère, sans comprendre ce qu’elle représentait.

    Je ne mesurais pas alors le temps que ma mère consacrait à la fabrication de sa sauce soja. Ce n’est que plus tard que j’ai commencé à comprendre la patience et les efforts nécessaires à ce travail.

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    Mon regard

    Le Joseon-ganjang de ma mère me fait penser à un grand vin rouge de Bordeaux, issu d’un grand cru classé.

    Chaque fois qu’on le retrouve, il conserve la qualité qui le distingue et exprime avec netteté sa propre identité. Au fil des années, cette identité demeure, tandis que la profondeur et la finesse s’enrichissent, suscitant l’admiration.

    Comme ces grands vins qui suscitent l’admiration par leur constance autant que par leur évolution, cette sauce soja me rappelle qu’une véritable profondeur ne s’efface pas avec le temps. Elle se révèle davantage.

    Aujourd’hui, lorsque je retrouve dans ma mémoire l’odeur du meju, je pense à ma mère, à ses gestes et à toutes ces heures que je ne savais pas encore reconnaître.

    Ce qui me déplaisait autrefois est devenu précieux.

    Dans cette sauce, le goût et la mémoire se rejoignent.

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    Pour aller plus loin

    Gastronomie coréenne · Cuisine du quotidien : Le baechu-kimchi (배추김치), le kimchi de chou chinois

  • Gastronomie coréenne · Cuisine du quotidien : Le baechu-kimchi (배추김치), le kimchi de chou chinois

    Une tradition coréenne de fermentation, entre saveurs et transmission

    Corée du Sud

    Introduction

    Le baechu-kimchi (배추김치) est l’une des préparations les plus emblématiques de la cuisine coréenne. Réalisé à partir de chou chinois salé, assaisonné puis fermenté, il accompagne quotidiennement le riz et de nombreux plats coréens.

    Celui que je présente ici a été préparé par ma mère. Son assaisonnement est savoureux et légèrement relevé. La salinité, le piment en poudre et une petite quantité de fruits de mer fermentés apportent de la profondeur, sans masquer le goût du chou.

    Derrière cette préparation familière se trouve une histoire ancienne, liée à la conservation des légumes, aux saisons et aux habitudes de la table coréenne.

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    Les origines

    L’histoire du kimchi s’inscrit dans une longue tradition de conservation des légumes. Dans une région où les hivers peuvent être rigoureux, le salage et la fermentation permettaient de conserver les récoltes et de disposer de légumes pendant les mois les plus froids.

    Une référence écrite souvent citée apparaît au XIIIe siècle, dans un poème du lettré Yi Gyubo. Il y évoque des légumes conservés pour l’hiver. Cette mention témoigne de pratiques anciennes de conservation, mais les préparations de cette époque étaient différentes du kimchi rouge que nous connaissons aujourd’hui.

    Le piment, arrivé en Corée à la fin du XVIe siècle ou au début du XVIIe siècle, a progressivement transformé les recettes. Son utilisation dans le kimchi se développe notamment à partir du XVIIIe siècle. Le kimchi rouge s’est ensuite diffusé progressivement, tandis que le chou chinois est devenu l’ingrédient principal de nombreuses préparations modernes à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle.

    Le baechu-kimchi actuel est donc le résultat d’une longue évolution. Il associe une ancienne technique de conservation à des ingrédients et à des goûts qui se sont développés au fil du temps.

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    Les ingrédients

    Le chou chinois constitue la base du baechu-kimchi. Après avoir été salé, il est assaisonné avec différents ingrédients qui contribuent à sa saveur et à sa fermentation.

    Le piment en poudre coréen apporte sa couleur et son caractère relevé. Le saeujeot (새우젓), préparé à partir de petites crevettes salées et fermentées, ainsi que le myeolchi-jeot (멸치젓), à base d’anchois fermentés, contribuent à la profondeur et à la saveur umami de l’assaisonnement.

    Dans le kimchi préparé par ma mère, ces ingrédients fermentés sont utilisés en petite quantité. Leur goût reste discret et ne domine pas celui du chou.

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    Le plat

    À la dégustation, ce baechu-kimchi présente une saveur salée bien perceptible, accompagnée d’un piquant modéré apporté par le piment en poudre.

    Le goût des crevettes et des anchois fermentés reste discret. Ils contribuent davantage à la profondeur de l’assaisonnement qu’à un arôme marin prononcé.

    La texture du chou joue également un rôle important. Les côtes restent fermes, tandis que les feuilles sont plus souples et retiennent généreusement l’assaisonnement. Le contraste entre ces textures donne du relief à chaque bouchée.

    La fermentation fait évoluer le profil du kimchi au fil du temps. Selon sa durée et les conditions de conservation, les saveurs deviennent progressivement plus acidulées et plus complexes.

    Dans cette préparation, l’équilibre entre la salinité, le piquant et le goût du chou reste essentiel. L’assaisonnement est présent, mais le légume conserve sa place au premier plan.

    Le baechu-kimchi se déguste notamment avec du riz. Sa saveur relevée et sa salinité apportent du contraste à la douceur du riz nature.

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    Une culture

    Le baechu-kimchi ne se limite pas à une préparation servie à table. Il est aussi lié à une organisation saisonnière et à une pratique collective profondément ancrée dans la vie coréenne : le kimjang (김장).

    Traditionnellement, à la fin de l’automne, les familles préparaient de grandes quantités de kimchi avant l’arrivée de l’hiver. Ces réserves permettaient de disposer de légumes fermentés lorsque les légumes frais devenaient plus difficiles à trouver.

    La préparation se faisait souvent en famille ou avec l’aide des voisins. Les proportions de l’assaisonnement et les méthodes de préparation se transmettaient d’une génération à l’autre. Le kimjang était ainsi à la fois un savoir-faire culinaire, un travail saisonnier et un moment de coopération et de partage.

    Pour conserver le kimchi, on utilisait traditionnellement de grandes jarres en terre cuite. Dans de nombreuses régions, ces jarres étaient enterrées dans le sol afin de maintenir une température relativement stable pendant les mois froids.

    Aujourd’hui, les réfrigérateurs à kimchi permettent de contrôler plus facilement la température de conservation. Le premier réfrigérateur spécialement conçu pour le kimchi est apparu en 1995. Malgré cette évolution, le lien entre le kimchi, les saisons et la transmission familiale reste important.

    En 2013, le kimjang, pratique consistant à préparer et à partager le kimchi, a été inscrit sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO.

    Le kimchi accompagne quotidiennement le riz et de nombreux plats coréens. Sa présence à table, au fil des saisons et des générations, témoigne de l’importance de la fermentation et du partage dans la culture alimentaire coréenne.

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    Accord mets et vin

    Pinot Gris 2022
    Pierre Frick

    Le Pinot Gris de Pierre Frick, élaboré par macération, présente une texture et une profondeur aromatique qui peuvent faire écho à la richesse du baechu-kimchi.

    La salinité du chou et la saveur umami discrète du saeujeot et du myeolchi-jeot trouvent un écho dans la structure du vin et la complexité apportée par la macération. Ses arômes de fruits peuvent également apporter une dimension plus ample face au piquant modéré du piment, tandis que la texture du vin accompagne celle du chou assaisonné.

    L’intérêt de cet accord réside dans la rencontre entre deux expressions de la fermentation : celle du raisin et celle du chou. Le vin ne cherche pas à effacer les saveurs du kimchi, mais à leur répondre par sa texture et sa profondeur aromatique.

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    Mon regard

    Lorsque j’étais enfant, ma mère sortait le kimchi du grand pot enfoui dans le sol pour le servir au repas. Je me souviens encore de cette sensation : en plein hiver, le kimchi était frais et croquant. Malgré toutes ces années écoulées, cette texture reste gravée dans ma mémoire.

    Une fois conservé au réfrigérateur, le kimchi continuait d’évoluer au fil des jours. Son goût changeait progressivement, sa fermentation développait de nouvelles saveurs et son acidité devenait plus présente.

    Lorsqu’il était très fermenté et que son goût acidulé s’intensifiait, il trouvait une nouvelle place dans la cuisine. On l’utilisait alors pour préparer un kimchi-bokkeumbap, un riz sauté au kimchi, ou un kimchi-jjigae, un ragoût coréen au kimchi.

    J’aime cette manière de cuisiner qui ne considère pas le temps comme une limite, mais comme une transformation. Le kimchi ne perd pas sa place lorsque son goût change : il trouve simplement une autre façon d’être dégusté.

    À travers lui, je retrouve une relation particulière au temps et aux aliments. On prépare, on conserve, on laisse fermenter, puis on adapte sa cuisine à l’évolution des saveurs. Le kimchi fait ainsi partie d’une cuisine quotidienne vivante, où le temps transforme un même aliment et lui ouvre de nouvelles possibilités.

  • Art de vivre coréen : La table coréenne — Le riz, la soupe et les banchan (반찬)

    Comprendre la culture culinaire coréenne à travers la table quotidienne

    Corée du Sud

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    En Corée, le repas quotidien s’organise traditionnellement autour du riz, d’une soupe et de plusieurs banchan, ces petits plats d’accompagnement servis au centre de la table. Kimchi, légumes assaisonnés et autres préparations composent un ensemble de saveurs et de textures qui accompagne le riz.

    Sur cette table familiale, on trouve notamment du riz, de l’aueuk-doenjang-guk (아욱 된장국), une soupe préparée avec du doenjang, une pâte de soja fermentée, et des feuilles de mauve, ainsi que plusieurs sortes de kimchi et de banchan. Une bouteille de makgeolli (막걸리), une boisson alcoolisée traditionnelle coréenne que mon père a lui-même brassée à la maison, complète ce repas.

    Au-delà des plats eux-mêmes, cette table permet de comprendre certains principes de la culture culinaire coréenne : la place centrale du riz, l’association de la soupe et des accompagnements, ainsi que la diversité des saveurs réunies au cours d’un même repas.

    Du riz accompagné de kimchi
    La table coréenne dans son ensemble

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    Le repas coréen au quotidien

    Dans la cuisine coréenne traditionnelle, le repas quotidien repose souvent sur une association de riz, de soupe et de plusieurs plats d’accompagnement. Cette composition constitue une base familière dans de nombreux foyers, même si les plats servis varient selon les régions, les saisons et les habitudes de chaque famille.

    Le repas ne se limite pas à un plat principal accompagné d’une garniture. Plusieurs préparations sont disposées sur la table et dégustées ensemble. Une bouchée de riz peut ainsi être accompagnée d’un peu de kimchi, d’un légume assaisonné ou d’un autre banchan, selon les envies.

    Cette manière de manger permet de varier les goûts au fil du repas. Les saveurs salées, acidulées, fermentées ou légèrement épicées se répondent et créent un équilibre qui évolue d’une bouchée à l’autre.

    La table coréenne du quotidien se caractérise ainsi par la coexistence de plusieurs plats, plutôt que par une succession systématique de services.

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    Le riz et la soupe au cœur du repas

    Le riz occupe une place centrale dans l’alimentation coréenne. Il constitue la base du repas et accompagne généralement la soupe et les banchan. Le mot bap (밥), qui signifie « riz cuit », peut également désigner le repas dans le langage courant, ce qui témoigne de son importance dans la vie quotidienne.

    La soupe, appelée guk (국), est un autre élément fréquent de la table coréenne. Elle peut être préparée avec des légumes, des algues, du tofu, de la viande ou des fruits de mer. Le doenjang, une pâte de soja fermentée, entre dans la composition de nombreuses soupes et leur apporte une saveur profonde.

    L’aueuk-doenjang-guk (아욱 된장국), présent sur cette table, est préparé avec du doenjang et des feuilles de mauve. Comme d’autres soupes coréennes, il accompagne le riz et les plats d’accompagnement.

    Le riz et la soupe ne sont donc pas simplement deux préparations parmi d’autres. Ils forment, avec les banchan, une structure familière du repas coréen.

    L’aueuk-doenjang-guk, une soupe coréenne au doenjang et aux feuilles de mauve

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    Les banchan, une diversité de saveurs

    Les banchan (반찬) sont les petits plats d’accompagnement servis avec le riz et la soupe. Ils peuvent être composés de légumes assaisonnés, de légumes cuits, d’algues, de tofu, de poisson ou d’autres ingrédients. Le kimchi, préparé par fermentation de légumes et généralement assaisonné, occupe lui aussi une place importante parmi ces accompagnements.

    Le nombre et la variété des banchan dépendent du repas, de la saison et des habitudes familiales. Certains sont simples et rapides à préparer, tandis que d’autres demandent davantage de temps et de gestes.

    Sur la table, chaque accompagnement apporte sa propre texture et sa propre saveur. Le croquant d’un légume, l’acidité d’un kimchi ou la profondeur d’un légume assaisonné viennent compléter le goût relativement doux du riz.

    Les banchan, les petits plats d’accompagnement coréens

    Cette diversité permet de composer chaque bouchée différemment. Plutôt que de manger un seul plat du début à la fin, on associe librement les préparations présentes sur la table.

    Les banchan illustrent ainsi une caractéristique essentielle de la table coréenne : plusieurs plats distincts participent ensemble à l’équilibre du repas.

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    Le makgeolli dans la tradition culinaire coréenne

    Le makgeolli (막걸리) est une boisson alcoolisée traditionnelle coréenne obtenue par la fermentation de céréales, le plus souvent du riz, avec l’aide d’un ferment appelé nuruk (누룩). Sa couleur laiteuse et son goût généralement doux, légèrement acidulé, le distinguent d’autres boissons traditionnelles coréennes.

    Il peut accompagner différents plats, notamment les jeon (전), des préparations coréennes cuites à la poêle, souvent à base de légumes, de viande ou de fruits de mer mélangés à une pâte. L’association du makgeolli et des jeon est particulièrement connue dans la culture culinaire coréenne.

    Sur cette table, le makgeolli a une signification personnelle : il a été brassé à la maison par mon père. Il rejoint les plats préparés par ma mère et prend place dans ce repas familial.

    Le makgeolli versé dans un bol

    Au-delà de son rôle d’accompagnement, le makgeolli rappelle que la culture culinaire coréenne comprend aussi des boissons liées aux ingrédients, aux techniques de fermentation et aux pratiques transmises au fil du temps.

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    Mon regard — La table de ma famille, entre transmission et souvenirs

    En observant cette table, je pense à ma mère, qui a préparé les repas de la famille pendant de longues années, et à mon père, qui a brassé ce makgeolli à la maison.

    Enfant, je considérais le riz, la soupe et les nombreux accompagnements comme une évidence. Je ne mesurais pas toujours le temps nécessaire pour choisir les ingrédients, les préparer et cuisiner chaque jour. Avec le recul, je comprends mieux les gestes répétés et l’attention qui se cachaient derrière ces repas.

    Il m’arrive aussi de retrouver, au détour d’un marché ou en goûtant un plat, un ingrédient ou une saveur qui me ramène à mon enfance. Alors me reviennent les visages de mes parents, de ma grand-mère, de mes sœurs et de mon frère. Ces souvenirs ne sont pas tous heureux : ils rassemblent les moments chaleureux comme les périodes plus difficiles de notre vie familiale. Ma grand-mère, que je ne peux plus revoir, reste elle aussi présente dans ces images.

    La table familiale est ainsi bien plus qu’un lieu où l’on prend ses repas. Elle conserve la mémoire des gestes quotidiens, des personnes qui nous ont nourris et des moments que nous avons partagés.

    À travers le riz, la soupe, les banchan et le makgeolli, je retrouve une partie de mon histoire. Et je comprends que la culture culinaire se transmet non seulement par les recettes et les traditions, mais aussi par les gestes ordinaires et les souvenirs qui leur sont attachés.

  • Voyages :Une promenade aux marchés traditionnels de Wonju (원주)

    À la découverte du marché central, du marché Doraemi et des jeon (전) coréens.

    Wonju (원주), Corée du Sud

    À Wonju, dans la province de Gangwon, les marchés traditionnels font partie du paysage quotidien. Ils sont aussi des lieux familiers pour ceux qui ont grandi dans cette ville.

    Au fil de cette promenade, je retrouve le marché central, puis je poursuis mon chemin vers le marché Doraemi. Entre les petites boutiques, les étals de produits frais et les spécialités coréennes, je redécouvre des scènes simples de la vie locale.

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    Le marché central de Wonju

    Le marché central est un lieu que je connais depuis mon enfance. En découvrant son entrée et ses allées, je retrouve un paysage familier, même si les lieux ont évolué au fil du temps.

    En parcourant les allées, je remarque les petites boutiques et les commerces de proximité. On y vient pour faire ses courses, acheter quelques produits ou simplement traverser le quartier.

    Je suis venue dans l’après-midi. Le marché était plutôt calme et certains étals présentaient peu de marchandises. Cette atmosphère tranquille m’a permis de prendre le temps d’observer les lieux, sans me presser.

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    En chemin vers le marché Doraemi

    En quittant le marché central, je poursuis ma promenade en direction du marché Doraemi.

    Au fil des années, les marchés ont évolué. Certains espaces ont été réaménagés pour être plus pratiques et mieux entretenus. Malgré ces changements, ils restent des lieux où se mêlent les achats du quotidien et les habitudes de vie des habitants.

    Sur le chemin, je passe devant un marchand de légumes, puis devant une boutique de gâteaux de riz coréens, les tteok. Ces commerces font eux aussi partie du paysage familier des marchés traditionnels.

    J’arrive ensuite à l’entrée du marché Doraemi. Je ne sais pas si ce marché a été créé pendant les années où je venais peu dans ma ville natale, ou s’il existait déjà sous un autre nom. Je ne peux pas l’affirmer avec certitude. Sa découverte me rappelle simplement que la ville a continué à évoluer pendant mon absence.

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    Les saveurs du marché

    Parmi les spécialités que l’on trouve sur les marchés coréens, les jeon occupent une place particulière. Préparés avec différents ingrédients, comme des légumes ou des fruits de mer, ils sont cuits à la poêle et se déclinent en de nombreuses variétés.

    Les aliments frits font également partie des spécialités que l’on peut découvrir sur les étals. La diversité des formes et des préparations donne envie de prendre le temps de regarder avant de choisir.

    En regardant les différentes préparations, mon père et moi discutons de ce que nous aimerions manger le soir. Nous choisissons ensemble quelques plats à emporter pour le dîner.

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    Sur le chemin du retour

    Après avoir parcouru les marchés, nous reprenons le chemin de la maison à pied, nos achats à la main.

    En chemin, la rivière et les montagnes s’offrent à notre regard. Après les allées du marché, ce paysage paisible accompagne doucement notre retour à la maison.

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    Mon regard

    Ce marché traditionnel était déjà là lorsque j’étais enfant. Il faisait partie du décor familier de mon enfance, sans que je mesure vraiment ce qu’il représentait.

    Aujourd’hui, je m’y promène avec mon père. Nous regardons les étals, discutons de ce que nous aimerions manger le soir, puis choisissons ensemble quelques plats à emporter. Ensuite, nous rentrons à pied, tranquillement, avec nos achats.

    Ce sont des gestes simples, presque ordinaires. Pourtant, ce jour-là, j’ai ressenti un bonheur que je n’avais pas connu de cette manière lorsque j’étais enfant.

    Faire le marché avec mon père, parler du repas du soir, choisir ensemble ce que nous allions manger, puis rentrer à la maison à pied… Dans cette simplicité, j’ai découvert une joie profonde et inattendue.

    Ce fut l’un des moments les plus heureux que j’aie vécus depuis longtemps. Il ne s’était rien passé d’extraordinaire. Nous avions simplement parcouru des allées familières, choisi ce qui nous ferait plaisir pour le dîner et pris le chemin de la maison ensemble.

    Peut-être le bonheur ne se trouve-t-il pas uniquement dans les grandes occasions. Un marché que l’on connaît depuis l’enfance, un chemin que l’on emprunte à pied, un repas que l’on choisit ensemble : avec le temps, ces gestes ordinaires peuvent prendre un sens nouveau.

    Le marché était toujours là, mais mon regard avait changé. Cette promenade avec mon père m’a fait découvrir une forme de bonheur quotidien que je n’avais pas su reconnaître autrefois. Un moment simple, mais précieux, que je garderai longtemps en mémoire.